Jean-Claude, 81 ans : “Asservir la maladie” grâce à la boucle fermée
“Asservir la maladie” : tout Jean-Claude est là. Il a retourné la situation, c’est lui qui impose ses règles et non l’inverse. Ironie du sort, la machine qui lui colle à la peau jour et nuit - la “boucle fermée” - porte un nom technique délicieux : ce dispositif est, dans le jargon de l’électronique, un système que l’on dit “asservi” ! Celui-ci relève, calcule, régule et corrige la glycémie, sans (presque) aucune intervention humaine. Et bientôt, quand elle se passera de ses consignes sur les repas ou l’activité physique, il faudra bien l’appeler par son vrai nom : un pancréas artificiel.
Précis, décidé, scrupuleux, résilient, positif et… technophile, ce sont les mots qui me viennent à l’esprit lorsque je raccroche, mon entretien téléphonique terminé avec Jean-Claude, 81 ans, diabétique de type 1 depuis 45 ans. Il vient de me partager son quotidien avec la boucle fermée. Comme lui, en quelques années à peine, des milliers de patients français se sont équipés de ce système de contrôle glycémique attendu depuis tant de décennies, présenté comme la liberté ultime, la vie sans contraintes (vraiment ?), oubliant - dans la tête comme dans la chair - la maladie (re-vraiment ?). Quant à Jean-Claude, né à la Libération, à l’écouter parler de sa vie, on se rend compte qu’elle retrace à elle seule l’histoire des avancées dans le traitement du diabète et la maîtrise, pas à pas, de la technologie au service de l’insulinothérapie.
“Mon diabète de type 1, je l’ai découvert en décembre 1980, se souvient-il. À l’époque, je travaillais encore, je courais dans les escaliers et j’étais essoufflé. Mais ce qui m’a amené chez le médecin, c’est que je voyais, depuis notre maison, les peupliers au loin en double ! Le médecin m’a tout de suite détecté du sucre dans le sang. J’avais 36 ans. C’était une vraie surprise, totale. Ma mère, elle, a été diagnostiquée plus tard, mais comme elle n’allait jamais chez le médecin…. Et mon grand-père… il est mort dans les années 1940. Amputé d’une jambe.”
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